Il était une fois, voilà des mots qui ne trahissent jamais. Il était une fois, rien que pour reposer le conteur ; il était une fois un temple. Pas une de ces choses froides et figées qu'Apollon même a désertées depuis longtemps. Cette fois-ci c'est un sanctuaire animé, un château presque ambulant, ou tout du moins, magique. Et surtout comestible.
Voici le temple de Dionysos, divinité teintée des suaves lueurs de l'Orient, dieu du vin, de l'extase, de l'ivresse poétique, du verdoyant luxuriant, de la folle allégresse, qui renaquit après que de rustres Titans eurent déchiqueté son corps excepté son c½ur sauvé par la vaillante Athéna aux yeux pairs.
L'antre suprême arbore une douce forme ronde, puisque le cercle est originel et originairement sacré. Trois escaliers mènent à son enceinte faite de six colonnes, six piliers exotiques soutenant un toit ondulé et cachant aux yeux profanes la septième voie, la merveille occulte reposant au c½ur du temple, la nacre d'Inde tout éclaboussée d'étoiles : on dit que c'est un baiser dont la voûte du ciel aux doigts d'obsidienne a gratifié la terre en cet endroit précis, tandis que Dionysos l'abondant masqué en recueillit le fruit et fit jaillir tout autour la forêt gastronomique, le sanctuaire gargantuesque visible aujourd'hui sous le coup de quelque
ivresse clairvoyante.
Voici de quelles eaux divines sont faits les éléments du temple dionysiaque : le socle tellurique couleur sable et granit n'a rien de la dureté du sol gelé par l'hiver, c'est la tendresse noisette de la terre nourricière fourrée d'une sourde puissance féconde, alliant deux principes créateurs étroitement unis, la force obscure toute masculine du chocolat noir et l'exquise suavité féminine de la confiture d'abricot aux chaleureuses nuances orangées.
Les neuf marches marbrées des trois escaliers d'une parfaite irrégularité sont forgées dans un chocolat moelleux mêlé d'éclats croustillants de biscuits, le tout d'une telle onctuosité que quiconque y posera le pied verra son empreinte un instant imprimée puis happée dans les profondeurs de la terre, de telle sorte que nulle âme impure n'ose fouler au pied ces marches ensorcelées sous peine de voir le doux tapis framboise qui les recouvre
se changer en lave ardente qui calcinera ses pattes indignes.
Les six colonnes dont pas une n'est à l'autre pareille viennent de six lieux mythiques où elles furent édifiées en bois de macarons tantôt noisette, tantôt amande, et gorgées d'une aura envoûtante qui incite le pèlerin à réfléchir avant de les franchir : trois bois noisette, la colonne du Lochness fourrée de crémeux café irlandais parfumé d'une touche de Whisky , la colonne de la Côte d'Or, vêtue de pourpre confiture de mûre et poudrée de brune cannelle du désert, la colonne de La Habana regorgeant de chocolat noir alangui poivré au Rhum ; trois bois amande, la colonne de Tel-Aviv, fourrée d'une pâte saveur amande et noix sertie de raisins secs baignés de lait nourricier et abricotés, la colonne d'Istanbul, au c½ur d'amande tout ruisselant de miel, la colonne de Saint-Pétersbourg, poudrée de poussière de diamants sucre-glacés, couronnée de diadèmes en chocolat blanc tout candide et immaculé, plein des effluves charmants des eaux transparentes de la Vodka ...
Les piliers du monde soutiennent un voile noisette semblable au socle, pourtant orné d'un tourbillon blanc chocolaté mêlé du sang de quelque fraise en confiture, le tout saupoudré de sable noir cacaoté, de sable blanc glacé fruit du cortège des comètes.
Au c½ur des murailles sacrées réside la boule de cristal étoilé, la nacre d'Inde trônant sur un autel marbré à l'instar des escaliers, quoique pur et intouché : et voici une sphère respirant l'harmonie, dont émane une douce lumière enchanteresse à laquelle nul n'est insensible : une graine magique, fève de cacao et praliné noisette, enrobée dans un cocon noisette d'une tendresse inégalée, le tout nimbé d'un voile blanc suavement chocolaté et parsemé de flocons noix de coco.
Cette cascade n'est qu'une vision infinitésimale du temple de Dionysos au masque d'abondance...Enivrez-vous donc pour avoir une chance de le contempler de vos yeux tout brillants de hardiesse exaltée...